Les carnets de Pivoine

Le monde est plein d'images. L'image est au bout de la plume. L'image est au bout du crayon.

15 avril 2008

Le bonheur de peindre (2)

Portrait de Stella DUCKWORTH
(c) M.-F. 2008

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28 février 2008

Dora Carrington, (4) Tidmarsh & moi

Une version couleurs du tableau - je n'ai pas gardé les mêmes couleurs dans mes versions au pastel. Et puis, je n'ai pas dessiné les cygnes noirs - c'est trop la création personnelle de Carrington. Elle les avait inventés. J'ai simplement écrit son nom en noir, et le nom du moulin.

Un tableau de 2 m 40 sur 1 m 80. Quel travail cela a dû représenter !

Curieusement, c'est un peu comme si ces personnages historiques étaient devenus des amis. Je leur ai donné beaucoup d'énergie (trop?)

Car maintenant, je suis très, très fatiguée...........

CarringtonTidmarsh

Ce dessin-ci m'a tout de même demandé quatre longues séances de travail. Avec force passages de fixatif. Bien sûr, il y a de subtiles différences par rapport à l'original. La partie gauche est peut-être plus importante, il manque une cheminée, la maison est plus étroite que dans la "réalité", la perspective de la tour en bois n'est pas tout à fait correcte et malheureusement, je n'ai pu dessiner la grange à l'extrême-droite. Et puis, j'ai traité les arbres à ma façon. J'ai particulièrement aimé dessiner le ruisseau, "La douleur", et aussi la barrière en bois. Ca fait très puzzle anglais, jardin romantique, ou bâtisse vétuste dans un ancien dessin animé...

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27 février 2008

Dora Carrington, (3) Tidmarsh & moi

Le modèle original:

Carrington

Ma première esquisse, sur du simple papier à dessin. J'ai pastellé seulement la partie droite de la maison, mais avec le tunnel sur le "bief". C'est un détail que j'aime tout particulièrement. Pour donner plus d'éclat et de profondeur au pastel, je l'ai légèrement dilué (une curieuse idée...) avec de l'huile. En réalité, j'aurais aimé dessiner ce moulin avec des pastels gras.

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Dora Carrington (2) & Tidmarsh...

A côté de moi, au sommet de ma PAL, il y a la biographie (en français) de Lytton Strachey par Michaël Holroyd. Ce texte a été retravaillé en 1994, en vue d'une réédition revue et augmentée. J'ai également la version anglaise, de Chattoo & Windus, qui recense toute la jeunesse de Strachey, jusqu'à sa rencontre avec Carrington, en 1915. (Tout cela parce que je me suis attelée à une biographie de Dorothy Strachey, la soeur aînée de Lytton, mariée au peintre français, Simon Bussy).

Les deux volumes reproduisent l'affiche du film "Carrington".

Dans l'édition anglaise, il y a plusieurs documents photographiques et c'est d'après la photo d'un tableau de Carrington que j'ai fait mes deux derniers pastels: une esquisse A3 et un pastel en format plus grand du moulin de Tidmarsh.

Voici ce qu'en dit Michaël Holroyd:

"Cet été-là, elle peignit à l'huile une grande toile (environ 2,40 m sur 1,80 m) de la bâtisse que Virginia  [Woolf] appelait désormais "Le moulin sur la Douleur" ("The Mill on the Pang. "Pang", le nom du ru, signifie douleur"; Virginia songe aussi au Moulin sur la Floss, de George ELIOT (N.d.T.) C'est une oeuvre obsédante. La géométrie de la maison est claire et l'emploi imaginatif des couleurs, où priment les toits orange rutilants et un ciel bleu reflété dans le cours d'eau, donne une étrange intensité à la composition. Sur le bief, qui disparaît dans un tunnel, sous la maison au centre du tableau, voguent deux cygnes noirs, penchés l'un vers l'autre. Le tableau a la qualité irréelle d'un rêve qui inspire à la fois bonheur et danger."

HOLROYD (Michaël), Carrington, Paris, Flammarion, 1995.

En voici une reproduction en noir et blanc.

Carrington

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26 février 2008

Dora Carrington (1) & Lytton Strachey

Dora CARRINGTON, artiste-peintre, plus communément appelée "Carrington", est née à la fin du XIXème siècle (en 1893). Elle accomplit ses études artistiques à la "Slade School of Fine Art", une des six fondations d'enseignement de l'art, (liée à l'Université de Londres),  financées par Felix SLADE. Les peintres Lucian FREUD et Roger FRY (également critique d'art, membre du groupe dit "de Bloomsbury, et ami des soeurs Virginia Woolf et Vanessa Bell) y étaient professeurs.

Autoportrait de Dora Carrington.

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Elle s'était liée d'amitié avec un de ses condisciples, Mark Gertler, peintre de talent. (Issu d'un milieu et d'un quartier londonien d'une pauvreté extrême, il avait dû sa chance de faire ses études à la Slade grâce à une bourse octroyée par un de ces organismes de bienfaisance juifs, qui finançaient les études d'éléments particulièrement doués. )

Par lui, elle a rencontré lady Ottoline Morrell, mécène anglaise, et mieux connu Lytton Strachey, écrivain biographe. Une curieuse et très intime relation les lie jusqu'à la mort de Lytton, en 1932.

Photographie de Dora Carrington et de Lytton Strachey, cliché WIKIPEDIA.

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A vrai dire, cela commence par un coup de foudre. A la fin de la guerre, Carrington est invitée à passer un week-end dans la maison de Vanessa Bell et Duncan Grant, en même temps que Lytton Strachey, leur ami de jeunesse. Il la choque par ses propos audacieux pour l'époque. Elle a un frère sur le front, en France... On est encore en 14-18 et, profondément pacifiste, opposé à la guerre, il veut acquérir le statut d'objecteur de conscience. (Il sera finalement réformé, ce qui lui épargnera la prison...)  Au cours de ce week-end, Lytton embrasse Carrington sur les lèvres. Le lendemain matin, très tôt, Carrington s'introduit subrepticement dans sa chambre dans le but de lui couper la barbe. Il se réveille, elle suspend son geste et en tombe folle amoureuse.

Portrait de Lytton STRACHEY  lisant.

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A noter qu'il y avait également un très grand portrait de Lytton STRACHEY par Henri LAMB, à l'expo récente, "British Visions", à Gand.

Collections de la TATE GALLERY, Londres.

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Plus tard, ils habitent ensemble au moulin de Tidmarsh, dans le Berkshire, puis à Ham Spray House, dans le Wiltshire. Carrington entretient une importante correspondance avec ses amis, bourrée d'illustrations de sa main, elle peint des paysages et portraiture Lytton et sa famille (lady Strachey, née Jane-Maria Grant, "Her ladyship", Julia Strachey), dessine, grave des bois pour la Hogarth Press (son mari, Ralph Partridge, seconde Léonard Woolf à la Hogarth Press),  et s'occupe de la maison (décoration, jardin et cuisine).

Portrait de la mère de Lytton, lady Strachey
(Cliché: Musée des Beaux-Arts d'Edimbourg).
Portrait de Julia Strachey.

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La relation très intime qui unit Lytton et Carrington nous paraît exceptionnelle, puisque Lytton était homosexuel. (La postérité l'a davantage retenu comme un écrivain homosexuel, moins malchanceux qu'Oscar Wilde, mais nettement moins célèbre aussi) que comme l'auteur du livre "Eminent victorians".) Et "Eminent victorians" est un livre très intéressant, qui permet de mieux connaître la vie de Florence Nightingale, véritable icône victorienne, infirmière pendant la guerre de Crimée.

Il est à noter qu'en Angleterre, la biographie est vraiment un genre littéraire en soi, beaucoup plus courant -et couru!- que dans les pays francophones. Le biographe de Lytton Strachey est Michael Holroyd, qui écrit aussi la biographie d'Augustus John, un peintre contemporain de Lytton). Ces biographies (qu'à priori, je trouve intéressantes), me déroutent toujours un peu en ce sens qu'elles privilégient plutôt la vie que l'oeuvre... Et que dans mes études, on m'a appris à privilégier plutôt l'oeuvre... Que la vie d'un auteur ou d'un artiste!

Voilà donc le cas de figure où l'on a une femme peintre (ce qui est déjà assez rare) vivant avec un écrivain et un intellectuel extrêmement raffiné. Elle lui sert d'amie, de confidente, de secrétaire, de gouvernante... De disciple aussi. Le film "Carrington", de 1995, a naturellement développé le côté romance impossible entre Lytton et Carrington.

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Dans la réalité, si je ne mets nullement l'amour de Carrington en doute, je pense toutefois qu'elle s'est surtout rendue utile, voire indispensable, à Lytton.  Sa vie avait été difficile, étant donné qu'au moment de leur rencontre, il était toujours célibataire (et célibataire malheureux), vivant avec ses parents. Leur arrangement à Tidmarsh et puis à Ham Spray leur a permis à tous deux de vivre avec mari et/ou amis, amants de passage, voire de toute une vie.

Mais Carrington aimait vraiment Lytton Strachey. En 1932, alors qu'il est mourant, elle tente une première fois de se suicider. Son mari l'en empêche. Après la mort de Lytton, elle écrit à Virginia Woolf, en lui promettant -peut-être- sa visite future. "Je viendrai ou ne viendrai pas", dit-elle. Et elle se tue d'un coup de fusil. Mal lui en a pris, la mort est survenue après quelques heures et d'atroces souffrances. Pauvre Carrington ! Dans leurs échanges de lettres, les amis et la famille de Lytton ont supposé qu'elle s'est suicidée au moment même où elle pouvait envisager de vivre sans lui. C'est-à-dire, après le pire de sa souffrance...

Affiche du film "Carrington", palme d'Or  à Cannes, cliché (c) WIKIPEDIA.

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26 janvier 2008

"Les heures" ("The hours")

"Mrs Dalloway dit qu'elle se chargerait d'acheter les fleurs."

Virginia Woolf,
incipit de 'Mrs Dalloway".

J'ai trouvé une autre vidéo que celle de la bande de lancement du film. Pour qui a vu "The hours", les photographies sont aisément reconnaissables. Nicole KIDMAN est Virginia Woolf, en train et de se battre contre sa maladie mentale, et d'écrire "Mrs Dalloway". Tout ce qui, pour l'essentiel, a trait à Virginia Woolf, se déroule à Richmond, Hogarth House, où les Woolf ont effectivement vécu et créé leur maison d'édition, la "Hogarth Press".  Les moindres personnages (comme Nelly, la cuisinière) sont historiques et très proches de la réalité. Vanessa Bell apparaît ainsi que ses trois enfants, les neveux de Virginia Woolf, Julian, Quentin et Angélica. Quant à l'acteur qui incarne Léonard Woolf, il est étonnant de ressemblance.

Julianne Moore est Laura Brown, une Américaine énigmatique d'après-guerre, habitant un joli pavillon à Los Angeles et lectrice passionnée par "Mrs Dalloway". Elle est aussi la mère de Richard. Richard (Ed Harris), est un poète, atteint du sida, qui a reçu un prix, et pour qui Meryl Streep (alias Clarissa Vaughan) prépare une fête.

A New York City, un jour de l'année 2001, exactement comme la Clarissa Dalloway du roman.

Claire Danes est la fille de Clarissa Vaughan, (et la Juliette d'un "Roméo et Juliette" antérieur au film "Les heures")

Des liens bien entendu très complexes, de filiation, de sororité ou d'amour, se tissent entre ces personnes qui vivent une journée unique, à nulle autre pareille, à des époques tout à fait différentes.

Le défilé des photos est très rapide, c'est un peu regrettable. Par contre, pour la musique, on écoute la partie du thème musical que je préfère.

Merveilleuse Virginia...

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14 janvier 2008

L'ascendance de Virginia Woolf... (1)

Ma fascination pour Virginia Woolf est assez récente. Pourtant, j'avais acheté "Mrs Dalloway" en secondaire. C'était un de nos livres à lire. Je reconnais n'en avoir lu que des parties. Et donc en avoir manqué des parties-clefs. Je dois toujours remédier à cela. 

Je suis arrivée à elle par un autre biais. Elle est la mystérieuse dédicataire qui se trouve au début du roman "Olivia". J'étais en seconde année, à Berkendael, quand j'ai emprunté ce roman chez une copine. "Olivia" par Olivia. On ne savait rien de l'auteur, (Olivia est un pseudonyme), si ce n'est qu'elle avait traduit son livre de l'anglais en français avec Roger Martin-du-Gard (l'auteur des "Thibault") Les minces indices dont je disposais étaient le nom de l'éditeur anglais d'origine, "La Hogarth Press", la préface de John Lemann (le frère de Rosamund Lehmann, l'auteur du roman "Poussière"), et la dédicace "A la mémoire de la très chère Virginia W***" L'auteure Olivia rajoute qu'elle espère "ne pas avoir profané un pur, un adorable souvenir..." Voilà qui me semblait tout à fait mystérieux.

Je n'ai même pas pensé à demander à ma mère de m'aider à dénouer ces fils. (Dans nos conversations, elle vantait particulièrement les romanciers et les romanières anglais, qu'elle opposait toujours aux français, je ne sais pas trop pourquoi... Peu importe). Il faut dire qu'Olivia, à prime abord, ne me paraissait pas devoir lui plaire. Pour que je comprenne qui était cette Virginia W***, il a fallu que Stock réédite "Olivia" sous le véritable nom de son auteure: "Dorothy Bussy". Il me semble me souvenir qu'en feuilletant un index des noms propres, dans un bouquin sur Virginia Woolf, être tombée sur le nom de Bussy, et de nouveau sur la Hogarth Press. A partir de ce moment-là, le lien entre ces femmes (et bien d'autres, dont je n'ai pas encore parlé), s'est établi... Et j'ai commencé à dévider un fil... Que je déroule encore et toujours...

Virginia Woolf n'est pas facile à lire. "Les vagues", "La traversée des apparences", même "Orlando" (dont on a aussi tiré un film. Que j'ai vu plusieurs fois). Même "Nuit et jour", un roman qu'elle voulait romanesque... A la manière de Jane Austen, qu'elle admirait beaucoup. Peut-on dire, du coup, qu'il était "léger?" L'était-il vraiment, alors qu'elle l'écrivit après "La traversée des apparences" et après une attaque de sa maladie mentale?

Toujours est-il que du côté de sa mère... Les biographes remontent jusqu'à un ancêtre,

Antoine, chevalier de l'Etang, qui épouse
Thérèse Blin de Glincourt.

Leur fille, Adeline, épouse un dénommé James Pattle, dont elle a deux filles... Parmi beaucoup d'autres enfants, mais je ne retiens que ces deux filles-là:

1) Julia Margaret Pattle, qui épouse un Cameron.
C'est donc la photographe connue, dont voici l'autoportrait:

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La photographie, cela vient très simplement.

Pour ses cinquante ans, Julia Cameron reçoit un appareil photo. Elle se met à photographier tous les membres de sa famille. Les auréolant de guirlandes de fleurs ou les couvrant de voiles, de manière à figurer des scènes mythologiques - surtout de la mythologie du Graal. Et tout particulièrement, cette très belle nièce, Julia Jackson, et ses enfants. Les enfants de son premier et de son second mariage... Mais je n'en suis pas encore là.

2) Une soeur cadette, Maria Pattle, épouse un M. John Jackson.
Ils ont une fille, Julia Jackson.

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Le visage de Julia Jackson, immortalisé par sa tante, fut un véritable modèle et une muse pour les artistes de son temps. Au-delà, même de l'Angleterre, car le préraphaélisme a marqué nos peintres symbolistes, (comme Fernand Khnopf). Cela ressortait très nettement de l'exposition qui eut lieu au musée d'art ancien, en 2003. Le type physique des soeurs Pattle se reproduit aussi de génération en génération: longues femmes minces, visages fins, yeux immenses et clairs, longs cheveux épars, nez fin et droit, menton volontaire. Jusqu'aux trois filles de Julia: Stella, Vanessa et Virginia.

Julia est probablement le modèle de femme qui "hante" cette peinture de Burne-Jones, très évocatrice de la légende du Graal et des chevaliers de la Table ronde. Voici des reproductions des oeuvres de ces artistes respectifs. On peut dire que cela "crève" les yeux... Ou plutôt, la toile...

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La fée Viviane séduit Merlin l'Enchanteur
(Edward Burne-Jones).
(cliché WIKIPEDIA).

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Fernand KHNOPFF, gravure - étude de longs cheveux - 1899.

Julia JACKSON épouse un certain Herbert DUCKWORTH en premières noces. Elle a trois enfants, George, (un triste sire, qui empoisonna la vie de ses demi-soeurs...), Stella, une jeune fille d'une rare beauté, qui mourut à 28 ans, en pleine opération, des suites d'une péritonite mal soignée. Et Gérald. Stella Duckworth, la demi-soeur de Virginia et de Vanessa Stephen, a aussi servi de modèle à Julia M. Cameron. (On la voit ici, bébé, avec sa jeune mère - et, juste à côté, vers l'âge de 20 ans).

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Veuve, Julia Duckworth s'est remariée avec Sir Leslie Stephen, un bourgeois londonien aisé, doublé d'un intellectuel... "Victorien", dira-t-on. Lui-même était veuf, père d'une petite fille (handicapée, qui vécut et mourut placée dans un institut). Ils eurent d'abord Vanessa, puis Thoby, enfin, Virginia, enfant heureuse et facile - même si elle ne parla qu'à trois ans. Et un dernier garçon, Adrian.

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Vanessa STEPHEN, épouse BELL, (1879-1961)

A suivre (pour que je n'oublie pas!) :

2) L'ascendance paternelle de Virginia WOOLF,
3) La jeunesse des frères et soeurs STEPHEN,
4) Bloomsbury, amis, intellectuels, peintres et écrivains,
5) Le Périple,
6) Cinéma: "Orlando", "Carrington", et "Les heures"
.

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13 janvier 2008

"British visions: de l'observation à l'intériorisation" (2)

Voici la suite... (Et la fin!)

Et puis, je ne peux terminer cette rétrospective sans une référence à deux de mes Anglaises préférées, les soeurs Stephen, Virginia et Vanessa. Encore deux soeurs anglaises, tiens... A la fois proches et différentes des soeurs Austen (la romancière Jane, et Cassandra, qui portraiturait sa soeur de dos...) ou des soeurs Brontë.

Virginia Stephen, épouse de Léonard Woolf, est l'écrivain fabuleux que l'on connaît. Je ne saurais assez en conseiller la lecture, tellement dense, parfois dramatique (La traversée des apparences), parfois heureuse ("Orlando. Une biographie"), et variée (elle alternait écriture d'un roman tragique, et d'un roman plus léger, elle alternait aussi écriture d'un roman ou d'un essai). Elle est une extraordinaire diariste; ainsi, elle mentionne sa rencontre avec Marguerite Yourcenar, la traductrice du roman "Les vagues" (Mademoiselle Youniac? se demande-t-elle dans son journal), qui lui rendra visite, habillée d'une robe noire à fleurs jaunes d'or (si mes souvenirs sont bons)...

Et Vanessa Sephen, sa soeur, est peintre. Et la femme de Clive Bell. Avec leur frère et leurs amis masculins, diplômés de Cambridge, (de Trinity Collège - dont j'ai une image chez moi...) elles sont l'âme - et la grâce - des nuits et du "groupe" de Bloomsbury... Ces hommes et ces femmes avaient des vies hors normes. Tout en étant l'épouse de Clive Bell, Virginia Stephen est aussi la compagne du peintre Duncan Grant, dont elle a une fille, Angelica Bell - qui sera également connue comme peintre sous le nom d'Angelica Garnett. 

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Dora Carrington, peintre également, était la compagne de l'écrivain et biographe anglais, Lytton Strachey.

Tout ça pour en arriver à quoi ?

(Il faudra que je parle un jour dans mon blog de Virginia Woolf, de ses consoeurs - et de leurs amis. Lire leurs oeuvres, approfondir leurs vies, découvrir leurs tenants et aboutissants, tout cela a profondément marqué ma vie, surtout entre 1990 et disons, 1997). Pour cette passion de la création artistique et littéraire qu'ils partagent. Et, sans doute aussi, pour cette aisance à passer d'une discipline artistique à l'autre, sans frontières ni tabous.) Car tout ça... C'est moi... Enfin, disons que j'aurais aimé vivre l'équivalent dans ma propre vie. Ah oui! Ca m'aurait plu !

Alors, cette expo "Visions et/ou regards dans la peinture anglaise"... Qu'y avait-il de commun entre Julia Margaret Cameron, une pionnière de la photographie féminine? Dont on pouvait admirer deux oeuvres, à Gand.

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Auteur de la photo: Julia Margaret Cameron.

Et le portrait plus tardif de Lytton Strachey, assis dans une attitude nonchalante, devant la croisée d'un salon donnant sur un parc ?

Ou  encore, avec ce portrait moderne de M. et Mme John Maynard Keynes, l'économiste et mathématicien britannique, célèbre pour être le théoricien et le père du plein-emploi...

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William Roberts (1895 – 1980)
portrait de Maynard Keynes et de son épouse, 1932
© National Portrait Gallery, Londres

Mais le lien entre toutes ces personnes, c'est Virginia Woolf, évidemment ! Elle est la petite-nièce de Julia Margaret Cameron; l'amie fidèle et la correspondancière de Lytton Strachey, et également une amie de Maynard Keynes. Toute leur vie, Lytton Strachey et Virginia Woolf seront sujet, et observateurs critiques (mais amicaux) d'une certaine rivalité littéraire. Lytton Strachey semblait avoir tous les atouts (une famille connue, les Strachey, une instruction poussée, à Cambridge, une facilité d'écriture et la reconnaissance de ses contemporains).

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Les enfants STRACHEY. Ils étaient dix ! De gauche à droite, les seuls célèbres:

la deuxième à gauche en blanc: Dorothy STRACHEY (future épouse du peintre français, Simon Bussy, future amie et traductrice d'André Gide, et future auteure du best-seller écrit en anglais et en français, "OLIVIA"), Lytton, et, à l'extrême-droite, James Strachey, futur psychanalyste et traducteur de toute l'oeuvre de Freud en anglais.

Et pourtant, s'il n'y avait eu la biographie de Michaël Holroyd et le film qu'on en a tiré, "Carrington"... Qui connaîtrait encore Lytton Strachey ?

Finalement, c'est l'entêtement et le talent de Virginia qui l'emporteront. Pourtant, ses premiers livres ont paru assez modestement sur les presses de la Hogarth Press, la maison d'édition qu'elle avait fondée avec son mari. Et ce sera Vanessa qui illustrera les premières couvertures de Virginia Woolf.

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Couverture de Vanessa BELL pour l'édition de "La promenade au phare" (de Virginia Woolf).

Vanessa BELL en train de peindre. Portrait par Duncan GRANT.

Enfin, le portrait de Léonard WOOLF, par Vanessa BELL: (Les mâtins! Ils n'arrêtaient pas de se peindre les uns les autres! Et ils avaient raison...)

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A noter que la plupart de ces tableaux que j'ai sélectionnés pour illustrer mon article ne se trouvaient hélas pas à l'exposition gantoise... Mais je voulais ouvrir (et suivre), ces pistes-là plus longuement.

Posté par pivoineblanche7 à 00:39 - Virginia WOOLF, Vanessa BELL & Bloomsbury - Commentaires [7] - Permalien [#]
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