27 septembre 2008
Les larmes
Les larmes diluent l'oeuvre
Diluent l'argile tendre
Diluent la sphère parfaite
Elevée de mes mains
Les larmes diluent la couleur blanche
Les larmes diluent le coeur
Le coeur alimente les braises
Le coeur blessé travaille
Sous le fer
Il saigne
Se tord croise les mains
Prie supplie
En vain
Il pleure
Comme un violon d'ambre fracassé
Les larmes grisaillent l'épais brouillard de la mort
26 septembre 2008
Sans domicile fixe
J'ai écrit ce poème, parce que très jeune, j'ai lu un roman d'Elsa Triolet, "Ecoutez-voir", dont l'héroïne m'a poursuivie. Je devrais le relire, ou lire le triptyque, puisqu'il fait partie d'un ensemble de romans. Veuve, Madeleine Lalande se clochardisait complètement. La tentation, la fascination, l'angoisse de la clochardisation, du sans domicile fixe, de la pauvreté totale, c'est quelque chose que je ressens, qui pourrait être moi.
De plus, l'avant-dernier texte de Coumarine m'y ramenait aussi. Nos écrits passeront, les SDF resteront, hélas. Et puis, des SDF, j'en ai vu. Et regardé sans appuyer. Pas seulement dans les rues commerçantes, mais dans un espace ouvert à tous vents, en même temps, dans une encoignure de la Fortis Banque, rue Royale. A Paris, dans des dédales d'escaliers de parkings.
Et aussi parce que j'en ai vu un jour un autre, réduit à l'état de cendres, que des jeunes avaient brûlé vif, en plein jour, en plein Paris.
***
Insensiblement
Il me vient le découragement
D'aller et de venir
Arrêter
M'asseoir
M'étendre sur une couverture
Avec un tas de cartons ou de journaux
sur un trottoir, près d'un parc
De bric ou de brac
Froid ou chaud que m'importe !
et dans un sac de couchage
j'attendrais
Que ne viendraient jamais
Tous ceux qui m'ont abandonnée
Indifférents
Ils poursuivent leur vie
Leurs jeux leurs chansons
Leurs promenades au bord de la rivière
Et l'amour ?
"Bien sûr tout le monde veut l'amour
Ah! Toi tu veux tout le temps l'amour !"
Ah ! Je le voulais, l'amour ...
Mais je sais bien que je ne l'aurai pas !
La femme éphémère. Plage d'Audresselles, 19.09.2008
19 septembre 2008
Le peuple du Portel

Dur vent d’est qui courbait le ciel et la nuée sur la foule
Sifflants feux du nord qui forçaient le soleil
Jusqu’à faire flamber la nuque des Boulonnaises
Sacs et ressacs de la mer en colère tenue en respect par le dieu
Noirs et bleus de l’Opale Ô naufrages du nord à l’ouest
Supplique à genoux des femmes au châle rouge aux ventres tendus
Et leurs coiffes plissées de la veille jusqu’à la minutie
Et leurs mains jointes à celles de l'homme sauvé de la mort
Pour que l’ex-voto du bonheur respire dans l’équinoxe
Comme la vie se grave dans la roche en fusion
Comme les bras de la Madone et le marbre
Profus S'épandent à midi sous la Vague et le Sel
***
La Madone du Portel - dite encore "Vierge nautonnière" de Boulogne,
Le Portel, 19 septembre 2008.
06 août 2008
Un après-midi à Seneffe
La rotonde du château d'argent luit entre mare et ciel
Mosaïque de citronnier
Croisements d'acajou coeur de bois rares
Le concerto de flûtistes masqués ravit l'âme
Toute anxiété s'arrête
Panneaux de soies écrues du lyonnais
Vin doux sous la langue
Dans les cristaux à facettes
Les chocolatières d'argent niellé
Et tous les raffinements des dames en négligé
Font les recettes sucrées des boudoirs
Sous les mousselines ennouées de rubans
les doigts s'égarent quêtant des mains parfumées
Et des jupons indiscrets et la chair tendre des Dames
Tant de soupirs de bien être
Tant de vent dans les sphères
De transparentes sonorités
Mêlent à l'intimité de l'être
La musique du ciel
Et les incandescences de l'été
19 juin 2008
A la lisière de la forêt...
Elle est assise au bord d'un chemin.
J'étais à la recherche d'un ruisseau quand je l'ai trouvée là, qui m'attendait.
Un bouquet de fleurs sur les genoux. Des fleurs des champs, digitales, chardons, marguerites à profusion, ail sauvage, fougères, folle avoine... Elle sourit suavement. Ses jambes se balancent en rythme et elle me regarde venir, l'air amusé. Des cheveux fous dans la nuque, une barrette qui glisse le long de ses mèches effilées. Elle sourit.
Les fleurs se confondent avec celles de sa robe. Sa robe préférée: un semis de marguerites ivoire et mauve, des feuillages d'émeraude, un décolleté carré à petit noeud, la jupe dansant la ronde autour d'elle. Des chaussettes tricotées main, des sandalettes.
Toute mutine, elle descend de son talus et se met debout.
Je vois alors qu'elle est encore très petite. Mais elle ne se gêne pas pour m'observer!
"Tu en as mis du temps pour arriver !"
"Oui? Tu trouves?"
"Oui, je trouve."
"Qu'est-ce que tu as fait en m'attendant?"
Elle a un geste désinvolte et vague. Les fleurs, assoiffées, penchent un peu leur calice vers la terre et s'éparpillent. Surprise, je les vois prendre racine et devenir plus hautes encore, plus colorées, plus luxuriantes qu'entre ses doigts.
"Je me suis baladée" me répond-elle. Baladée? C'est tout? Elle hoche la tête. Je l'imagine, de jour, de nuit, pendant toutes ces années, vêtue de sa petite robe et chaussée de ses sandalettes, se "baladant", comme elle dit, d'un coin à l'autre de la terre et des océans, par tous les temps. Etrange petite fée de la forêt...
"Tu sais, me dit-elle, sérieuse, ça a changé par ici !"
Je le vois que ça a changé. Rien que ce champ d'éoliennes que j'aperçois, là-bas... J'essaie de m'y retrouver, j'ai un geste de découragement. Alors elle me regarde, sans mot dire, elle a l'air de comprendre. Toutes ces heures de vie qu'elle a économisées là-bas, assise dans la forêt. Les cours d'arithmétique à l'école, et les problèmes de prix d'achat, de prix de vente et de prix de revient. L'ardoise et l'éponge. La plume qui grinçait sur les cahiers d'écolière. Les voyages à l'étranger. Rosa, la Rose et toutes les conjugaisons latines et grecques. Les examens. Puis Eluard. Et le premier amour. Et le premier baiser. Et mon unique enfant.
Qu'importe le reste ?
J'ai eu envie de m'asseoir à mon tour sur le talus et d'attendre. Mais d'attendre quoi ?
Puis, d'un bond, elle a rejoint la voiture sur la route. Tourné autour du chauffeur. Sans timidité. "C'est à vous ça?" Au oui amusé de la conductrice elle a conclu. "C'est bien. Je peux m'asseoir?" "Oui", lui fut-il encore répondu. Alors, je l'ai suivie, je me suis assise à ma place, le paysage a défilé de nouveau, par les vitres des portières, et à la douce émotion qui m'étreignait, j'ai compris que cette petite fille en robe fleurie qui entrelaçait marguerites et digitales contre son coeur et son esprit n'avait jamais cessé d'être moi ni d'attendre l'aujourd'hui.
07 juin 2008
Haïku nocturne
Tendres approches
Paumes tièdes unies
Rivière salée !
20 mai 2008
Un bourgeois des Années folles. Evocation.
Il est un des nombreux fils d’un médecin des Flandres et d’une héritière d’une famille d’industriels belges.
(Le nom de jeune fille de sa mère est celui d’une marque alimentaire que l’on peut lire encore dans toute grande surface…) Son père vient de la campagne, et sa pratique l’appelle encore parfois familièrement Boere AM*** Ils habitent une immense maison de briques jaunes, à double façade, de style néo-gothique, dans un faubourg urbain de la Flandre occidentale.
Et ils ont leur propre caveau de famille au « Campo Santo » de Sint A***
La maison abrite les parents, les domestiques et une dizaine d’enfants dont les âges s'étalent de cinq à vingt cinq ans. La légende dit qu’il aurait voulu faire son droit pour devenir notaire, comme certains de ses cousins ou beaux-frères, mais son père le contraint à faire des études de médecine. La légende raconte encore que dans les amphithéâtres de l’université, il a croisé les premières étudiantes en médecine, dont une religieuse…
Comment devient-il joueur? On ne le sait pas, mais on reste muet devant plusieurs cartes de membre des casinos d’Ostende, de Knokke et de Namur. On ne sait pas non plus où ni quand il rencontre une jeune fille d’un milieu qui ne répond pas aux critères sélectifs de sa famille. Ils échangent une longue correspondance, ce qui, à travers la lecture de ses lettres à elle, nous permet d’apprendre qu’il est parti - par bateau - travailler quelques mois au Congo. Qu’assise à côté de lui, elle a rêvé posséder un petit cabriolet qu’il conduirait sur la Route royale, à la mer. Qu’il redoutait de parler à sa mère de ces fiançailles secrètes. Qu’ils ont rompu. Qu’ils se sont revus. Et qu’elle a exigé ces lettres de retour.
Il ne les a jamais rendues puisque les voilà sous les yeux de ses enfants et petits-enfants.
On sait qu’il se marie tardivement avec une jeune bourgeoise bruxelloise. Qu’il hérite d’une belle fortune, fin des années 30, constituée d’immobilier, de terrains, d’or et d’actions. Qu’il décide de la dépenser et non de la gérer. Pas question de faire des nouveaux investissements, non. On vendra les terrains, les maisons et on liquidera l’or et les titres au fur et à mesure des besoins. Sa femme, qui aime la soie naturelle et les perles grises, est très élégante et très blonde. Elle est très vite réputée comme la «plus belle femme de la ville de A***» Pour améliorer ses mois, elle entame un petit va-et-vient de bijoux, en achetant des pierres, des perles et des diamants aux diamantaires anversois et en les revendant à ses amies.
Tous les jours, à trois heures, elle les retrouve dans un salon de thé de la ville.
Mais elle consacre l’essentiel de son énergie et de son temps à garder ce mari pour elle.
Il installe son cabinet de médecin dans un hôtel de maître du XVIIIème, avec un corps de bâtiment principal et des dépendances. Il a deux enfants. On sait qu’il devient brutal. Avec sa femme et avec son fils aîné, qu’il bat. C’est le prototype du mari de la Belle-Epoque, infidèle, (il pelote les amies et connaissances de sa femme dans les salons Louis XVI, tendus de soie azur ou bouton d’or, pendant que ses enfants s’essaient à l’espionner par les trous de serrure), violent et joueur impénitent (il rentre en colère le dimanche soir après avoir perdu d’importantes sommes au baccarat).
Cet homme paradoxal, qui fait vivre sa famille – assez capricieusement - avec sa fortune, a des réactions imprévisibles. Il soigne gratuitement ses malades les plus pauvres. De même que les dernières béguines de la région… Il a la réputation d’être bon médecin et d’avoir une excellent diagnostic. Mais il fait attendre ses patients plusieurs heures dans la salle d’attente de la grande maison. Il engraisse et tue lui-même poules, lapins et même une chèvre, dans la cour de l’immeuble. Il soigne tout le monde pendant la guerre, les résistants et les autres, mais on l’inquiète à la Libération. Il s’en fout. Mauvais payeur par esprit de contradiction, il paie ses impôts dans les mains de l’huissier, lorsque celui-ci sonne à sa porte.
Plus tard, le goût du jeu, du mensonge par omission et des transactions en cachette se seront transmis à ses descendants de façon imperceptible. Après une première "attaque", il guérit mal et son épouse, paraît-il, lui demande de vider le contenu du « coffre». Elle souhaite aussi qu’il déshérite ses enfants, (et pourtant, elle est très fière de l’aîné et de sa beauté exceptionnelle). Sans doute s’agit-il là d’on-dit invérifiables.
(Note, en matière de droit successoral, en Belgique, même dans le cas limite de la séparation des biens entre époux, le conjoint survivant a droit à l’usufruit de la fortune éventuelle et les enfants sont simplement nus-propriétaires).
Il décède en 19** - Mais ceci est, sans doute, une autre histoire.
06 avril 2008
Poème retrouvé...
Au hasard des sauvegardes et de copies hâtives de disquettes... Voici un texte de 2002 que j'ai quelque peu retravaillé... C'est le dernier texte que j'aie proposé à un contact "littéraire" que j'avais établi via mon dernier boulot. Ce poème n'a jamais paru dans la revue à laquelle je pensais l'avoir destiné...
***
Ô mon rayon de seigle
De blancheur parcouru
Mon
levain tiède des matins
Mon
miel d’abeilles butineuses
Mon
murmure limpide
Au
bord des sources
Mon
lé de lune tout ourlé
Que
de foulées enchantées
Avons-nous
recomptées
Dans
l’aurore rosée
Ô
mon cortège d’elfes et
De
lutins allègres
Mon
renouveau
Mon
somptueux flacon
De
pétales d’argent
Ô
Toi, la guérison de ma plaie
Qui
ressuscites le mot
Le
silence et la phrase
Je
te dédierai
L’opéra
flamboyant
Qui
célébrera
Les
fastes de la chair
Les
sortilèges nocturnes
Et
l’amplitude du plain-chant
Vibrant
dans mon poème
30 mars 2008
Opale de feu (2)
Retraite secrète
Sol sonore de baisers
Maillage de doigts
*
*
Tes doigts éveillent
L'ardeur d'un piment doux Pour
Ma mine de plomb
*
*
Le plomb dore l'heure
Respiration suspendue
Deux coupes de vin
**
Ce vin pour ma lèvre
L'âtre s'émeut de plaisir
Maillage de Toi

29 mars 2008
Le long de la rivière... (1)
Ils marchent côte à côte le long de la rivière
Habités d'un même désir muet
Ce désir est un éperon gigantesque
Qui cache en son creux
Un diamant de feu de sang de lave et de volcan
Elle a glissé son doigt à l'intérieur du poignet
Là où la veine est bleue
Et disparaît sous la toile
Silencieuse et sûre
Elle suit le voyage de la veine
Sous le tissu léger qu'elle écarte de la langue...









