07 novembre 2008
Quelques souvenirs d'enfance
Je veux dire, d'enfance à cette époque-ci de l'année...
En me mettant à table ce soir, je repensais à certains mets qu'on voyait apparaître sur la table familiale à peu près à cette époque-ci de l'année - ou peut-être un peu plus tard. Depuis quelque temps, quand je reviens de la place de la Vaillance, j'ai l'attention attirée par une pancarte "pâtés de gibier" devant une boucherie du quartier. J'en crève d'envie! C'est la boucherie, déjà assez luxueuse, typique d'un quartier commerçant plutôt mixte, avec un tiers salades pour sandwiches, un tiers boucherie, et un tiers préparations diverses, boudin, "bloedpans", charcuterie faite maison, etc.
La clientèle est d'ailleurs, chose amusante, assortie à ce type de boucherie. De vieilles petites dames y font leurs petites courses à petits pas, nanties de leurs sacs récupérables (les cabas ont évidemment disparu), tandis que je sors mon petit sac en tissu à 1 euro de chez Blokker... Plus loin, une maman et son fils, à qui le charcutier donne une rondelle de saucisson de jambon dont il enlève la peau et qu'il tend dans une serviette. D'une main précautionneuse, l'enfant prend le tout, et hop ! L'enfourne dans son bec. Plus tard, j'irai prendre un café, avant d'aller au cours de céramique et je les trouverai assis à une table en face de la mienne...
Me voilà donc sortie de là avec deux sortes de pâté (dont un vraiment excellent, qui avait le goût du pâté de gibier et non un goût de graisse) et une tranche de bloedpens o;)
***
Donc, à la maison, quand nous rentrions de l'école, nous goûtions. Je suis rentrée longtemps à la même heure, sans doute 4 heures 1/4, 4h 1/12, mon frère lui rentrait à des heures différentes vu qu'il a fréquenté plusieurs écoles - situées plus ou moins loin de la maison (de plus en plus loin, le pauvre!) On "goûtait", puis on travaillait, mon père rentrait du bureau et à l'heure du souper, souvent, nous n'avions plus faim. Après, nous écoutions la radio - en terminant d'étudier, ou on lisait. Pendant longtemps, une de mes activités favorites a été de me caler tout entière dans le fauteuil de mon père en lisant un de mes livres favoris, "Une rapière pour Béatrice" (de Georges Chaulet, illus. de François Batet), tout en écoutant le troisième programme ou les disques empruntés à la Discothèque...
Nos soupers en semaine se réduisaient à leur plus simple expression, des tartines avec de la charcuterie ou du fromage et un fruit. Et nous mangions tout cela à la cuisine, la table était recouverte d'un (très vilain) linoléum à carreaux (et je mange à la même table, sauf que le plateau a été remplacé depuis et qu'elle a été poncée...) et les assiettes étaient souvent dépareillées...

(elles ont enterré leur vie d'assiette dans une mosaïque...)
A l'approche de Saint-Nicolas, les pommes de terre en massepain faisaient leur apparition. Puis les petits cochons, et puis, le 6 décembre, nous recevions un ballotin de massepain, juste un ! Ou un sachet, mais il venait de chez le meilleur pâtissier de Bruxelles. Mon frère savourait et était super économe... J'aurais tout dévoré si on m'avait laissé faire, tant je suis gourmande.
Nos parents avaient opté pour les étrennes à noël. Assorties d'un sac géant de noix et de cacahouètes. Tous les deux étaient contre (mauvais souvenirs d'enfance) la fable de Saint-Nicolas. (Même si notre mère nous racontait sa véritable histoire). Et comme souvent nous étions en examens, le 6 décembre ou juste après, ils trouvaient que c'était mieux d'attendre les vacances pour nous laisser jouer ou découvrir nos livresl. Et ma foi, je n'en suis pas morte...
Il reste alors le souvenir de ces mets de fête qui embellissaient les soupers de la semaine: la dinde, le cochon de lait ou le canard farci à l'orange. Par petits paquets de 100 ou 150 grammes. Le tout était de trouver le bon détaillant, il faut dire que les bouchers des environs ont fermé leurs portes les uns après les autres. Hélas!
A tout cela, il pouvait y avoir des variantes, soit des macaronis au fromage et au jambon, soit des crêpes. Ainsi, il me reste des souvenirs familiaux heureux, souvent couplés à des souvenirs gustatifs (certains samedis, mon père nous emmenait nager à la piscine de Saint-Josse. Au retour, il achetait des sandwiches mous et des tranches épaisses de gouda. J'étais affamée et c'était délicieux).
Où donc est passé le goût de toutes ces choses-là ?
10 septembre 2008
Histoire d'un déménagement !
Cela fait quatre ans aujourd'hui que j'habite... Avec Bobby, mon compagnon à 4 pattes, dans "mon" appartement. Une vie de célibataire avec mon fils de temps en temps, et un, deux, puis trois chats (je m'arrête là, promis, juré, craché!) C'est-à-dire que cela fait 4 ans, aujourd'hui, que j'ai déménagé. Le 10 septembre tombait un vendredi et toute la journée, l'élévateur avait fonctionné, d'abord, devant mon "ancien chez-moi" comme je disais parfois, et puis, ici, devant une des fenêtres du salon. Tout un déménagement rien que par l'élévateur.
La pièce où j'écris ce soir était remplie de cartons, quasiment jusqu'au plafond. Certains meubles ont été remontés à l'envers (il y a un moment où le rythme s'emballe dans les déménagements, où les ouvriers sont aussi fatigués que le M.O.). Il y avait même de la nourriture qui s'était égarée, par inadvertance, dans un carton qui devait aller à la cuisine...
Le peintre était en train de poncer et repeindre les deux chambres ce qui fait que mon lit se trouvait sous un amas de plastique, au milieu de nulle part. Je n'avais qu'un mince rideau et donc juste la ressource de dormir sous la couette. A l'aurore (l'immeuble porte bien son nom), mon chat, qui était tout petit, -il avait 3 mois! Est venu me faire des câlins... Comme il en a gardé l'habitude.
Cela me donne envie de me retrouver, un matin d'emménagement, quand on fait du café pour la première fois chez soi. Je ne sais pas pourquoi, c'est très symbolique et d'ailleurs, de tout temps, le petit déjeuner a toujours été (avec le goûter), mon repas préféré...
Et pourtant, je ne sais pas si honnêtement, j'aurais le courage de revivre un déménagement ! Même en jetant le contenu de mon appartement à la poubelle, livre après livre, (!) comme un ancien copain me l'avait si judicieusement suggéré...
15 juillet 2008
Souvenirs pipoles
Quand j'ai fait mes études, j'avais une copine de classe qui sortait au Circus, la boîte branchée de Bruxelles... (C'est vrai que les "mixages" du DJ étaient géniaux...) Elle fréquentait un pâtissier bruxellois dont les petits gâteaux étaient assez succulents à l'époque. C'était une pâtisserie qui se trouvait tout près de chez moi. Je les connaissais depuis l'enfance et j'ai grandi presqu'au milieu de leurs choux au chocolat et de leurs "fraisias"...
Bref, il mettait son doigt dans le ruban de chocolat qu'il faisait couler et nous le tendait à lécher. Mwouais !
Début 1980, pendant ma période faussement-snobe-et-jeune-instit en même temps, les cheveux coiffés en coque dans le cou, perchée sur mes hauts talons (je n'avais pas d'arthrose à la plante des pieds alors, je pouvais me le permettre!), avec une jupe noire, une blouse et un foulard en soie, je sortais aussi au Circus. J'espérais y rencontrer certain bel héros austenien de ma connaissance (qui, bien sûr, ne pensait pas du tout à moi...)
(C'est amusant. C'était un allié d'allié d'allié, rencontré à un mariage +/- familial. Il était grand (plus grand que moi), beau (selon mes critères de l'époque), il était chic (normal, on était tous en long, en habit ou en smoking, et il avait fait partie de la suite), il parlait bien, avec une très belle voix et des accents auxquels j'étais sensible - et chose plus drôle, il roulait en Porsche, une porsche sur le toit de laquelle il a failli oublier son haut-de-forme. Tout y était pour faire très Jane Austen, oui, même le haut de forme... -Et la Porsche, bien qu'au ras du sol, remplaçait le "curricle" de Mr Willoughby, haut sur roues! Une semaine après, voire, quelques jours à peine, ce faux héros austenien me faussait déjà compagnie!)
Au Circus, j'ai croisé Marie-Christine de Belgique, la fille aînée du second mariage de Léopold III (+ Liliane de Rethy = Alexandre, Marie-Christine et Maria-Esmeralda), donc, la demi-soeur du roi Baudouin. Elle accompagnait (ou était accompagnée par) le frère du pâtissier dont question supra (le pâtissier, l'alors-copain de ma copine de classe, vivait dans l'atelier et le frère se tenait habituellement dans la boutique). Vous suivez?
M.-C. de B***
à son mariage.
Dans le fond, il y a des anecdotes très drôles qui se rapportent à cette période. En même temps, tout ce monde était passablement inintéressant et je me demande à quoi je jouais, à l'époque.
Peut-être à être jeune o;)
28 avril 2008
La chanson de France Gall...
Que je préfère! Of course...
C'est :
21 avril 2008
Quelle ado étais-je ?
Sans concession.
Entre 13 et 16 ansi, j'aurais aimé avoir la télé pour moi seule. J'étais passionnée par un feuilleton familial, "Nanou", l'histoire d'une nageuse qui va jusqu'au Jeux olympiques (il n'était pas question de boycotter des Jeux, à ce moment-là - et c'était aussi l'époque de Marc Spitz...) Mon père -ayant opté pour un boulot en province-, partait tôt, rentrait tard, bossait encore deux soirs par semaine, et réclamait la télé le mercredi pour son match de foot. Et le dimanche pour Visa pour le monde, ses courses cyclistes et les différents week-ends sportifs.
J'en voulais obscurément à mon père de nous imposer les courses cyclistes et les matches de foot et à ma mère de le critiquer par derrière, mais de le soutenir devant nous. Il me semblait - dans mon orgueil insupportable d'ado- qu'il ne s'intéressait pas à grand-chose et plus tellement à nous non plus, si ce n'était pour nous engueuler: nous étions forcément difficiles et fainéants, nos profs avaient raison et nous avions tort.
Lors de l'ultime réunion des parents à laquelle il soit allé, il a demandé à voir ma titulaire, je me suis dit "aïe". Je n'aimais pas ma titulaire - qui était aussi notre prof de néerlandais - et ma titulaire ne m'aimait pas. J'étais une élève fantasque, distraite, rêveuse, peu rebelle, (et qu'on jugeait paresseuse), mais quand j'entrais en rébellion, j'étais insolente. Mon père aurait pu aller voir mes profs de math et de français, que j'adorais et chez qui je "cartonnais", sans beaucoup travailler pour autant. Et même, à la limite, mes profs de géographie, de physique et d'anglais, mais pas ceux de gym, de religion, de néerlandais ou d'histoire. Chez les uns, il aurait eu de bons échos. Mais non, il est rentré de sa visite des parents et je me suis fait remonter les bretelles.
Puis, il est arrivé un moment où j'en ai voulu à mes parents pour tous les "tu es désobéissante, tu es fainéante, joue, sors (avec qui?), tu es trop grosse, tu es ci, tu ne fais rien, tu es infernale, ne touche pas à ça, tu es ça". Dans ma cruauté adolescente, comme ça, j'ai décidé que je ne les embrasserais plus le matin en descendant ni le soir en montant me coucher. Pendant combien d'années n'ai-je pas embrassé mes parents ? Je ne sais pas, je pense entre 15 ou 16 ans et 22-23 ans.
Pourtant, je participais à la vie familiale. Ma mère absente, je faisais volontiers du ménage (du moment qu'on ne me voyait pas le faire, pas plus que je n'ai aimé, plus tard, qu'un patron me "surveille" quand je travaille ni qu'il m'écoute quand je téléphone). Aujourd'hui encore, je supporte difficilement qu'on me regarde peindre. J'ai l'impression de lire un immense reproche dans les yeux de l'autre (et si ce que je faisais et disais était nul, moche et raté et si je ne valais rien?). Sans doute le souvenir de ce regard parental - les deux ayant plutôt été d'accord sur une éducation qu'avec le temps, j'estime plutôt coercitive.
J'ai été contente que ma mère travaille, parce que cela m'a laissé le champ libre dans ma vie. Je n'en profitais même pas pour faire la fête, non, à 17 ans, je sortais me balader avenue Louise, chaussée de Charleroi, à la porte Louise et à Saint-Gilles, pour "faire" les librairies et quelques galeries (Libris, Pauli, la Librairie de Rome, puis, je rapportais des affiches que je placardais dans ma chambre).
La révolte suprême a été de virer à gauche, toute! De m'habiller hippie avec des pulls troués, d'aimer Léo Ferré, le Rimbaud d'une "Saison en enfer" et le Verlaine des "Romances sans paroles". Et de devenir communiste de chez les communistes en réaction à une éducation catholique. Donc, à 18 ans, quand j'ai pu voter aux communales, puis à 21 ans, aux législatives, j'ai voté à gauche. Enfin, ma révolte a été, à 18 ans, de me déclarer républicaine et anti-cléricale.
Et là, à me relire, cette révolte me paraît plutôt saine.
Quant à l'affectif, la révolution a été encore plus sournoise, profonde, détournée, souterraine et anti-parentale...
04 avril 2008
Entre 1966 et 1968...
La solitude et le silence de la maison étaient extrêmes. Dans une pièce du "second", non encore aménagée, donnant sur la rue par deux hautes portes-fenêtres; entre les malles retour du Congo et une étagère remplie de vieux livres; entre les boîtes à outils et les tables bancales, je m'étais installé un coin. Impossible de me souvenir en quelle année j'avais fabriqué ce coin à jouer. Etait-ce avant d'avoir ma propre chambre ? Sans doute.
J'avais une petite garde-robe pour mes vêtements de poupée avec deux portes laquées blanc, ornées d'un bouquet champêtre. J'avais un petit évier de cuisine avec un réservoir pour l'eau. J'avais un service à dînette en porcelaine, et j'avais trois poupées. Et une maison de poupées - que j'ai donnée à une de mes nièces. Un service de casseroles - avec un couvercle bleu et un couvercle vert. Et je jouais avec un petit fer à repasser, mais je ne me souviens pas s'il était à moi ou non.
Tout en haut de la maison, sous le toit plat, à une époque où, dans la rue, la circulation était calme, il faisait terriblement froid et silencieux. Je regardais autour de moi et je me sentais prisonnière de tant de silence. De temps en temps, j'abandonnais mes poupées, dont je ne raffolais pas, et j'allais feuilleter un livre dans la bibliothèque. Une "Semaine de Suzette" ou, plus rarement, un des volumes de la collection Nelson du "Capitaine Fracasse" de Théophile Gautier.
Dans "La semaine de Suzette", quelles étaient mes histoires préférées? "Le règne de Cendrillon", "Farfadette", "Les nouveaux Bohémiens", "La pupille du Cardinal", et la "tétralogie" de Marguerite Bourcet, "L'héritière de Ferlac", "L'étoile de Navailles", et "Princesse de neige", suivi de "La romance d'autrefois".
J'oublie "Le passager de la Belle-Aventure" et "Pâques Fleuries", d'Eric de Cys. Qui me semblaient être un monument de modernité ou d'humour à côté de ces autres titres.
Je lisais d'autres livres, bien sûr, les romans de la collection Souveraine, des éditions Rouge & Or, les livres de la bibliothèque "Amitié, Histoire", la série des "Béatrice", de Georges Chaulet (dont j'aimais particulièrement le premier tome, "Une rapière pour Béatrice"...) - De sorte que si j'avais eu une fille, j'aurais aimé l'appeler Béatrice...
Mais ce qui reste lié à ce souvenir de froid et de solitude, ce sont les histoires de la Semaine de Suzette, que je lisais en catimini, tant j'avais peur d'écorner ces vieux livres et de me faire 'ramasser' après.
23 février 2008
Un souvenir inviolé...
"Et que devient l'amour envers ceux que l'on a aimés et qui ne sont plus là?" - Tel est le titre qu'Alain X a donné à un de ses articles, dans son blog, "J'en rêve encore", où il prolonge ce qu'il a écrit en commentaire sous mon article "qu'est-ce que l'amour?"
Dans le cas où la personne est morte, ce pourrait être ceci: un amour de mémoire. Un jour, j'aurais rencontré quelqu'un, qui m'aurait rencontrée aussi. Peut-être par un hasard de circonstances anodin, ou quelconque, -par exemple, un paquet de tabac vide jeté dans une poubelle avec la décision de ne plus y toucher. Tout d'un coup, nous aurions été amenés à nous regarder mutuellement, à nous parler, à nous apprécier. Un peu comme ça, par défi personnel ou par jeu, je lui aurais donné un texte à lire en lui demandant ce qu'il en pensait. Je n'aurais de toute façon jamais pris au sérieux ce que j'écrivais. Il l'aurait mis dans sa poche et, quelques jours après, il me l'aurait rendu, annoté au crayon et très sérieusement, m'en aurait parlé. Ainsi, pendant tout un trimestre, aurions-nous goûté à la fois au plaisir de conversations profondes, sur l'art, la poésie, sur la littérature française, sur l'actualité littéraire, (Marguerite Yourcenar venait de rentrer à l'Académie, et nous avons échangé pas mal d'impressions passionnées et d'articles passionnants), sur tout et sur rien, et à des échanges sans fin sur "cette chose sans nom, cette vaste espérance..." La poésie.
Récemment, j'ai passé une paire d'heures à bavarder avec un ami qui l'a bien connu, dans des circonstances à peu près analogues aux miennes, mais quinze ou vingt ans plus tôt. Il y a de curieuses similitudes, entre lui et moi. Sans nous être concertés, nous sommes allés, chacun de notre côté, là où L. D. est enterré. Pas plus que moi, il n'a retrouvé sa tombe. "Tant pis", m'étais-je dit à l'époque... J'irais bien un jour chez l'employé de la commune affecté au cimetière, pour demander l'emplacement exact de la tombe. J'étais dans le cimetière où il est enterré, c'est déjà quelque chose. Le plus près possible de ce qui reste de lui.
Sous son influence, lui comme moi, avons écrit de la poésie. Et lui comme moi, avons commencé à publier quelques textes, (oh, sans grand fracas), dans des revues de poésie belge, à diffusion plutôt confidentielle.
Assez curieusement, quand nous nous sommes liés d'amitié, L. D. et moi, je n'ai jamais douté -non, vraiment, jamais- que nous pourrions cesser un jour de nous voir, ou de nous parler. Et nous n'avons jamais cessé de nous parler. Pourtant, je suis restée parfois très longtemps sans donner de nouvelles (et vice versa): la vie nous accaparait, chacun de son côté. Mais un jour, je téléphonais, ou il m'envoyait l'annonce de parution d'un nouveau recueil. Alors, j'allais à l'AEB (Association des Ecrivains belges), on allait boire un verre, on papotait, il me parlait de la poésie belge, de ses bonheurs, de ses enthousiasmes, de ses déceptions.
Et puis un jour, il est tombé malade. Il s'est enfoncé dans la maladie et à la demande expresse de sa famille, je lui ai consacré pas mal d'heures de mon temps. (Ce n'était pas toujours drôle d'ailleurs). Jusqu'à ce qu'un jour (un nouveau boulot me requérant entièrement), je n'y aille plus. Hélas... Aller le visiter, sortir avec lui, faire une balade d'une heure ou deux, boire un café avec lui, m'assurer que tout allait bien quand je partais, telle était ma mission.
Dès ce moment, de façon assez imprévue, j'ai eu davantage de contacts amicaux avec son épouse. Je me suis même confiée à elle, parce que je traversais une période apparemment pleine de menaces. Et qu'elle l'avait deviné. Comment s'y est-elle prise? Je ne sais plus. Mais avec beaucoup de douceur, de doigté, de sagesse, (une sagesse dictée par l'expérience), elle m'a montré que, passé la période dangereuse que je vivais, je pourrais "tout perdre". Ses paroles ont fait leur chemin, et quand je me suis retrouvée dans la situation qu'elle avait décrite, je me suis souvenue de ce qu'elle avait dit et cela m'a puissamment aidée. (Je considère d'ailleurs n'avoir pas, et de loin, "tout" perdu).
Ils sont morts tous les deux, à peu d'années d'intervalle. Il est parti le dernier, en novembre 2000.
En définitive, qu'est-ce qu'il m'a apporté? Que je n'imaginais même pas, lorsque toute jeune, attendant tout de la vie et insolemment confiante dans mon avenir, j'avais commencé à parler avec lui ?
Je pourrais dire, pêle-mêle, une peluche grise, quelques livres, un mémoire, la poésie, la littérature belge, des lettres, une expo visitée avec lui, galerie Albert Ier, des moments de table et de bonheur partagés, dans une galerie noire de monde, du temps, des mots, un sourire, une fidélité, beaucoup de connivence, le rire aussi parfois, même quand j'ai gentiment ri de ses travers. Et puis, finalement, souvent des larmes, quand il est tombé malade, de vraies larmes, de compassion. Puis un souvenir très doux, très beau même, et heureux, parce que inviolé.
Oui, c'est ça. Un souvenir, qui, quoi qu'il arrive, restera éternellement un souvenir inviolé.
30 janvier 2008
Un voyage en Angleterre...
Ma mère m'avait si bien inoculé l'amour de l'Angleterre et des Anglais... Qu'un jour de printemps 1975, j'ai décidé d'approfondir ma connaissance toute neuve de l'anglais. Sur le terrain. J'avais commencé étudier cette langue en 4ème latine... J'avais un an de retard par rapport aux élèves du lycée. Mais j'étais tellement motivée que j'avalais littéralement l'anglais, comme j'avais "avalé", sans doute, le latin et, il y a bien plus longtemps, l'alphabet de mon abécédaire.
Comme le disaient si bien mes professeurs, quand je voulais, je pouvais.
Je m'imaginais assez naïvement les Anglais avec le physique de David Niven. Je croyais l'Angleterre bourrée de lords Fauntleroy, de sirs Alec Guinness, de demeures somptueuses, de fantômes, de quakers et de châles en cachemire des Indes.
Ma mère parlait de m'envoyer à Cambridge. "Pourquoi tu ne vas pas à Cambridge?" M'a-t-elle répété, durant cinq à dix ans...
Or, ce que je voulais, c'était Oxford, l'Oxford que je lorgnais sur une boîte à biscuits de mon enfance. Oxford ? Va pour Oxford... Seulement, peu de temps avant mon départ, une lettre de l'organisation où je m'étais inscrite m'annonçait que le séjour à Oxford était annulé. On me conseillait plutôt Weston-super-Mare, une station balnéaire au sud de Bristol. Va donc pour Weston-Super-Mare.
J'avais demandé à être reçue dans une famille avec des ados de mon âge (j'avais dix-sept ans...) Et me voilà enfin partie vers Ostende. Premier contact avec la malle et... Avec le public qui prenait la malle. Jamais je n'avais vu des hommes aussi effrayants: géants! Enormes! En jeans cloutés et littles Marcel en filet. Parlant haut et fort une langue incompréhensible. Bariolés de tatouages violents. J'étais effrayée. Stressée. Epouvantée. Je n'avais aucune idée des formalités à remplir, ni des cartes de débarquement, d'embarquement, d'immigration, d'émigration à faire tamponner.
Après une queue d'au moins 70 personnes, je me suis effondrée dans un wagon qui m'a éructée à Victoria Station.
A Victoria Station, heureusement, l'organisation nous prenait en charge pour le transfert entre les gares. Nouvelle gare, de Paddington cette fois, faim, épuisement, découverte des pepsis chauds et des sandwichs au goût curieux - mais agréable, montée dans un train, qui devait me déposer, après deux heures environ, à la gare de Weston-super-Mare (ou d'une ville proche). Je n'ai rien retenu de ce voyage, si ce n'est qu'à l'arrivée, mon hôte, un "engineer" de profession, m'attendait. Il était géant, mais gentil et n'avait aucun tatouage. Mon "engineer" était pompier, et, à la fin de mon séjour, nous avons beaucoup discuté politique... (et, bien entendu, nous n'avions pas les mêmes opinions) Ca au moins, c'était le signe que j'avais progressé en anglais.
(c) PADDINGTON Station, cliché Wikipédia.
Sa femme ne travaillait pas. C'était une jeune maman. Les ados de mon âge étaient deux gros bébés de deux et trois ans. Après quelques jours d'un mal de pays atroce, passés à pleurer, couchée dans un parc, en maudissant cette terre qui n'était pas la mienne, j'ai supplié mes parents de me permettre de rentrer. Seule. Je suis restée le plus longtemps possible: quinze jours. En quinze jours, j'ai visité Torquay, dans le Devon, Londres, paumé mes copains d'excursion et arpenté le musée des Sciences et la National Gallery. J'ai beaucoup parlé français avec une monégasque, et par signes avec 20 Italiens et trois jeunes allemands barbus et plutôt sympas. Les cours d'anglais se donnaient... Dans un domaine militaire. Il y a eu une séance de tribunal où un pauvre plouc était jugé pour consommation ou vente de drogues (qu'à l'époque je ne savais pas être douces...) Bref, je me suis habituée comme j'ai pu à ce Blinke'berqk anglais, à la circulation à gauche, aux queues pour le bus, (qu'au début, en bonne bruxelloise indocile, je dépassais... Mais on ne m'a jamais rien dit), au Canal de Bristol, aux bus sans impériale, et aux toasts aux haricots à la sauce tomate du petit-déjeuner...
J'ai rêvé dans un musée de la vie anglaise (mais où ?) où j'ai admiré des maisons de poupées... Et d'immenses châles en cachemire des Indes, j'ai découvert les magasins Marks & Spencer, expérimenté la merveilleuse tarte au citron, le syllabub, le trifle, le pie de poulet, les sandwiches saumon et concombre, et une assiette de petits gâteaux dans une pâtisserie où je me suis trémoussée sur ma chaise pendant 1/2 heure... Avant d'oser consommer...
Et je suis enfin rentrée chez moi...
07 janvier 2008
Vresse-sur-Semois...
Vresse-sur-Semois. Mouzaive. Des toits d'Ardenne sous la neige. Une jolie photo d'hiver sur le blog de l'ami Paul, (photographe de talent, oui-oui), qui me plonge dans des souvenirs infinis, heureux et graves à la fois, - exactement comme la vie: c'est chez: "Paul.Peture.Photos"
La voilà...

(c) Photo de Paul Péture, prise à Mouzaive, commune de Vresse.
Alors, des souvenirs? Mais oui... Encore des souvenirs...
En mai-juin 1976, mes parents avaient loué un appartement à Vresse-sur-Semois. Pour y passer les week-ends. En famille. J'ai de bons souvenirs: l'Ardenne, c'est toujours magnifique et il y a sûrement eu de grandes promenades. Et des soupers succulents. Des souvenirs pas trop marrants, aussi: je potassais un bouquin d'analyse stylistique, en vue de mon examen dit de maturité, que j'avais choisi de faire en français.
Ca voulait dire qu'on devait s'astreindre à lire un bouquin déjà de niveau universitaire, l'illustrer à travers nos lectures et, en plus, défendre (en 1/2 heure à peu près), un dossier thématique ou d'analyse littéraire. Je ne me souviens plus du titre du bouquin, mais je l'ai encore, ce fichu livre.
J'ai même une photo où je suis assise dans un siège de jardin, en train de le potasser.
Et dans une autre chaise de jardin, F***, qui tricotait une brassière pour la première, la toute première des petits-enfants de la famille.
Tout en lisant mes poètes surréalistes (je rédigeais un travail sur le mouvement surréaliste dans la poésie française), mon bouquin d'analyse de style... Et d'autres cours nettement moins amusants, et aussi Zola, que je lisais à l'époque, j'avais toujours un Berthe Bernage avec moi. Damned! Un jour, ma mère a fait irruption dans la chambre, et m'a fait une scène, un genre de scène dont elle était assez coutumière. Mais bon, n'y pensons plus...
Ne retenons que 1) l'examen de maturité que j'ai réussi... 2) Les BB, je les ai toujours. A l'occasion, je les relis à la vitesse d'un tgv, 3) la boucherie qui vendait du si bon pâté ardennais... 4) L'objet de la "scène" est totalement sorti de ma vie, je dirais même de nos vies... Et 5) Vresse, un dimanche, il y a quelques années, quand j'ai monté avec mon fils un embryon de barrage dans un affluent de la Semois.
28 novembre 2007
Les charmes du hautbois (2)
Longtemps, nous avons gardé ce 33 tours dans notre "discothèque" (assez maigre la discothèque, puisque nous empruntions surtout et achetions très peu). "Les charmes du hautbois" était un cadeau destiné à ma cousine, mais je ne sais plus pourquoi, beaucoup de temps a passé avant qu'on puisse le lui offrir. C'était un disque ERATO, une collection particulière, les "Fiori musicali", (j'en suis à peu près sûre, mais je peux me tromper), la couverture était blanche à blanc cassé, avec une couronne de fleurs à l'ancienne. Une peinture un peu à la Redouté.
Nous avions un autre disque de cette collection, une compilation de menuets. Dont un menuet de Mozart, que je voudrais bien retrouver et que je connaissais par coeur.
En traversant la salle de gym déserte de l'athénée d'Uccle, un certain jour de 1972, je l'avais chanté à tue-tête. A ce moment-là, j'avais un assez joli soprano et j'allais encore à l'Académie de musique. Je croyais que j'étais seule, mais non, le frère d'un type de ma classe était là, s'était arrêté et m'écoutait.
Tiens, vais-je publier ici mes textes du marathon ou non ?



















