06 octobre 2008
Un objet sur sa liste
Pour Kaléidoplumes ... Consigne 39 : Un objet - Vous êtes cet objet - Décrivez vous à la 1ère personne du singulier - Ne citez jamais ce que vous êtes, laissez le lecteur deviner...
Voici donc quelque chose de léger sur un objet mystère !
***
J'ai d'abord été un objet sur sa liste.
Non, corrigeons !
Avant que nous ne nous rencontrions, j'étais...
D'une part, un objet sur sa liste
- Sa liste de désirs -
Et d'autre part, un objet dans un magasin.
Sur
sa liste, je m'étalais en fine petite écriture noire, entre un week-end
thalasso et une maison bel-étage. Il faut dire que j'étais tout de même
plus accessible qu'une maison bel-étage !
Et pendant qu'elle
rêvait, je dormais (ou faisais semblant de dormir) dans une longue
boîte plate, entourée de papier de soie blanc.
Tout ça en
serait resté là si son mari ne s'en était pas mêlé. Sans doute est-il
tombé sur la dite liste. Ou alors, (comme ils étaient encore en pleine
lune de miel), elle la lui a peut-être lue. Le mâtin! Ca a dû lui
plaire évidemment! Autant qu'à elle! Plus qu'à elle même.
Car
elle a beau aimer la dentelle, la fourrure, la soie naturelle, tout ce
qui est beau, luxueux, doux, agréable, elle aurait pu renoncer
facilement à moi. Faut dire, je ne suis pas commode à porter ! Et puis,
trouver les endroits où l'on va me porter ! Mais d'hésitation en
hésitation, de discussion en discussion, de baisers en baisers, et
l'anniversaire de leur mariage arrivant, ils ont eu de plus en plus
envie de moi et ont commencé à se promener dans le rayon du magasin où
l'on a le plus de chance de me rencontrer. Noire. Fine. Arc-boutée sur
mes armatures. Coquine. Volantée. Dentellée. Un véritable nuage de
tulle. Et bretellée de satin.
Elle hésitait -était-ce bien
raisonnable?- La vendeuse a fait l'article, lui, son oeil luisait de
gourmandise... Alors, ils se sont décidés, m'ont achetée et m'ont
emportée...
Et comme elle venait de suivre un régime, elle était mince comme un fétu de paille et je lui allais comme un gant !
Youpee !
04 août 2008
Les volutes du temps
Sur le thème des Impromptus littéraires de cette semaine.
Evocation d'une promenade faite au parc le dimanche 20 juillet vers 16 heures, veille de fête nationale.
***
Les volutes du temps soufflaient doucement dans les drapeaux du 21 juillet.
Noir jaune rouge.
J'étais assise sur un banc du parc, entre gouttes de pluie, nuages qui se pourchassaient, arcs-en-ciel, souffles blancs, trompettes multicolores. Tout se mélangeait.
Les 21 juillet passés. Tous les mêmes ! La chaleur ou la pluie, le défilé, la mémoire des vers de Sappho, les bouteilles d'eau que les gosses du quartier vendent 50,- F. au lieu de 20; les secouristes qui distribuent l'eau gratuitement... La fête au parc, le roi et la reine qui se promènent parmi le peuple, mais dans le peuple, il y a moi et je n'ai jamais pu m'approcher d'eux.
Et quand bien même! Pourquoi voudrais-je m'approcher d'eux alors que je suis républicaine?
Cela fait combien d'années que je me promène au parc?
Cela fait combien d'années que ma mère m'a raconté que la petite Sophie Rostopchine s'y était promenée aussi, lors d'un voyage en Europe?
Cela fait combien d'années que je vais admirer la déesse de marbre qui se repose, au bout du parc,
sa chevelure épandue,
le livre du monde ouvert dans sa paume?
V.I.T.R.I.O.L.
Cela fait combien d'années que le Toutounet y a appris à rouler à vélo ? Cela fait combien d'années que j'y promenais mon ventre de femme enceinte et comblée? Cela fait combien d'années que mon amoureux m'y donnait la main et couvrait mes lèvres de baisers? Cela fait combien d'années que le parc a la beauté sévère d'une femme et d'un frac de cérémonie à la viennoise?
Les volutes du temps s'accordent à me laisser perplexe en cette veille de 21 juillet qui sera peut-être notre dernière Fête...
Bruxelles, Parc Royal, 20 juillet 2008.
29 juin 2008
Pendant sept jours...
Pendant sept jours et sept nuits,
La Bonne Déesse veilla à pourvoir ses petits oiseaux
Et toutes les créatures multicolores
De la création
De bottillons bien étanches
Et de sabots fendus
Puis de cirés glissants anti-perspiration
Et de crinières en feu de cirque de panache
Pour parader dans la campagne
De vert glacé d'un sucre que je lampe
De thé d'argent que je bois assoiffée, matin, midi et soir,
Et d'un vert auquel j'aspire
Dans trop de ville empoussiérée...
Sur une suggestion de Coumarine, hier, sur "Paroles plurielles",
un petit exercice d'écriture pour nos blogs
Photo de Françoise,
la charmante photographe de "Un instant, une photo"
et qui publie dans le blog collectif "En vert et contre tout"
05 juin 2008
Le pain d'Alep
Ecrit le 25 mars 2006, pour une consigne de "Paroles plurielles" - qui a fermé ses portes hier soir. Cette participation, ainsi que pas mal d'autres, en 2006, m'a laissé un très bon souvenir. C'était au temps où mon blog était jeune, où mon entrée dans la blogosphère était récente... (2005) Où découvrir de multiples personnalités animées par les mêmes passions était un vrai, un authentique bonheur !
***
"Ils sont entrés, se sont assis bruyamment..."
Pourtant, ils étaient fatigués. La route avait été longue.
Leurs pieds usés tout au long des chemins, le soleil, les yeux fibrillés, les oreilles bourdonnantes, le ventre crispé autour de sa faim, bien que la parole leur eût fait oublier, pendant ces longues journées et ces soirées sous la galaxie turquoise et or de la Palestine, leur dénuement, juste pour une promesse, embrassé.
Tout avait commencé un vendredi, à l'office de Shabbat. Comme tout notable adulte du village, on l'avait appelé pour lire et commenter quelques lignes du Livre. Le rouleau de la Torah, les touches sombres de la langue hébraïque. Le Pentateuque.
Le manuscrit.
Et il avait lu, il avait parlé, disserté, s'était emporté. Il avait tout emporté sur son passage.
"Ecoute, ô Israël."
Un à un, ils l'avaient suivi.
Pourtant, tout le monde disait qu'il était fou.
Sa mère, affolée, criait "Il délire! Il va se faire tuer..."
Ses frères et soeurs le regardaient, incrédules, sans comprendre.
Quand il eut rencontré Jochanan, ce fut pire. Après le bain rituel, dans la traîtresse rivière, il décida de partir. Sa réputation s'enflait, grandissait, le précédait, hyperbolique, presque démentielle. Les miracles, paraît-il, ne se comptaient plus, l'eau en vin, le paralytique qui marche, le pain et le poisson multipliés (par 2, 4, 6, 8, 9 - de plus en plus difficile à compter), le boîteux qui boîte -mais non, pardon, qui ne boîte plus, l'aveugle qui voit, le sourd qui entend, le muet qui parle, le contrôleur des finances qui, du haut de son olivier, lâche tous les ordres de saisie qu'il a si méticuleusement comptabilisés...
Sans compter le mort qui ressuscite, sortant, hâve et pâle, de son tombeau, mais bien allant, empêtré dans son linceul déjà rongé de vermine.
Ce soir, ils sont encore sous le choc de l'avoir vu se pencher vers chacun d'eux, un à un, de l'avoir senti tenir leurs pieds entre ses mains, pieds calleux, poussiéreux, crevassés, qu'il a baignés et savonnés longuement au pain d'Alep, cette merveilleuse sensation glissante, parfumée à l'huile d'olive et de laurier...
Et les voilà assis, réunis autour du repas de Seder.
Le Seder ouvre les festivités de Pessah. Le temps de la commémoration. C'est le deuil et la peur, le souvenir des morts qu'on laissera, à tout jamais, sur cette terre d'Afrique, et celui des larmes amères, et pourtant, c'est aussi l'ultime repas avant le retour vers la Terre d'origine.
Et voilà treize bols pour la tevila, pour l'eau et le jus acide,
Le Maror, ou les herbes amères, aussi amères que le temps de l'esclavage,
Le Harosset, mélange de fruits secs ou de purée de fruits, lié avec du vin et des épices, broyé et rebroyé, semblable au mortier des pyramides...
L'aile de volaille grillée, l'os ou l'épaule, ou le jarret de veau ou d'agneau,
treize oeufs durs,
Et enfin, le Karpass, branches de persil, racines, végétaux de toute sorte...
17 mai 2008
Kaléidoplumes, consigne 20
Mirjam
"14 mai 1948: L'état d'Israël vient de naître.
Quel avenir pour moi?"
Päpele: je le revois, mangeant son petit déjeuner de tomates arrosées d'huile d'olive.
"Comme ma cousine qui habite Jérusalem", dit-il, et son regard s'éclaire en prononçant ces mots.
Puis Mämele: elle qui est à la source de l'enseignement que j'ai reçu.
Et toi?
Nous sommes aussi loin l'une de l'autre
Qu'il est possible de l'être.
Pourtant, c'est toi qui m'as enseigné Israël
Avec ce feu qui s'incarnait en toi
Et ce messianisme, qui était évidence.
De toi à moi, Israël,
C'est toujours - pour moi -
Une histoire de Ieshoua, de conquête de ma liberté
De mort, d'adieu et de silence
Est-ce donc ton pays
Qui me fut dérobé
Ou le sanctuaire demeure-t-il
Que je peine à bâtir
Ce temple sans murs qui est
Et qu'il m'est impossible de nommer...
Pour Kaléidoplumes...
07 avril 2008
Madame De***
Voici ma contribution à la consigne 15 de Kaléidoplumes... Il s'agissait d'écrire un poème (même en clin d'oeil), de 5 strophes de deux vers... Finissant par des rimes en a, e, i, o, u... Et comme je voyais, je ne sais pas pourquoi, une gravure du XVIIIème siècle...
Cela donne ceci:
Elle soupire d'aise entre ses deux bras
Il lisse doucement la soie de ses bas
Toute l'alcôve s'emplit de murmures
Quel envoûtement brûle Madame De***
Elle ne veut pas trop tôt lancer son cri
Juste se parfumer d'amour à midi
Soudain l'envie leur vient d'ôter les hauts
Les lèvres lient vin d'or moiteurs et peaux
Les bras le torse leurs cuisses font un nu
Prunelles closes et point d'orgue au menu
***
"L'heureux moment", estampe du XVIIIe siècle d’A. Aveline
d’après Nondon le Fils,
éditée par Chereau au Coq
(pour Paris chez Chereau rue St Jacques au Coq),
avec Privilège du Roi (C. P. R.).
18 mars 2008
Quelques haïkus...
Ecrits pour l'atelier de poésie libre de Kaléidoplumes,
et dédiés à un ami blogueur,
quelque peu "plumitif du Net"...

Deux marins dans l'île
Du sang des chairs fétides
Hurlements de sperme
***
(...)
Regards cuits à point
Sur nymphes rebondies
Vole l'oeil de rose
*** Ciel noir de Boulogne
Sel et grain gris d'Audresselles
Flobart à la nage !

Le flobart,
illustration (c) La Mandragore
10 mars 2008
La consigne d'écriture... (suite & fin)
Attention, ce texte de contribution à une consigne d'écriture de Kaléidoplumes sur le virtuel est un texte satirique, bien sûr !
"Derrière l'écran, il y a le blog. Entendez par là, le blog de ma copine. Le blog de ma copine et ses copines.
Ma
copine blogue, (des poèmes, des photos, des news qu'elle pique sur un
site de dépêches pour la presse, de l'humour, je ne sais pas quoi
encore. Ah oui! Des photos truquées et des loupiotes animées...)
Mais attention, j'ai aussi un blog. Un blog sur les voitures de course, les Mustangs de collection! Et aussi sur les playmates du net...
Moi, mon blog au moins! C'est un blog de Mec.
***
Donc, ma copine a beaucoup de copines. C'est fou, ça, les copines de ma copine... Tenez! Rien que ce matin, elle poste une phrase (juste une phrase, avant d'aller prendre son service au LIDEL de notre banlieue pourrie).
"Le petit chat a fait pipi au lit..."
C'est bien vrai, ma femme et moi, on fait chambre à part, alors, les chats dorment sur son lit. Qu'est-ce que j'en peux, moi, si elle les élève mal? Là, je viens de me connecter pour poster la dernière photo de ma Mustang favorite, avec une pin-up du tonnerre sur la carrosserie, et je vois un concert de commentaires des copines sur le blog de ma femme...
P'tain alors! C'est le tir de karcher groupé qui se manifeste vachement tôt dans la matinée...
1) Moi, ce sont mes animaux préférés. J'adore et je pense que bientôt, je vais
aller chercher un chaton! Le problème, c'est que je n'ai pas de bac à chats...
2) Moi
aussi j'ai un chat qui fait pipi au lit. Mon véto a conseillé une
assiette de vinaigre avec des concombres dessalés. Ce serait souverain
pour leur faire faire pipi dans un potager au lieu du lit.
3) Moi,
avant, j'ai eu un chat qui faisait aussi pipi partout jusqu'au jour où
on l'a conduit chez le véto pour le faire opérer. Sinon, ma mère
m'aurait cruellement privée de mon chat pour m'apprendre que l'on doit
s'occuper des autres plutôt que de soi-même.
4) Moi, je
te souhaite une bonne journée et je t'admire pour ces mots merveilleux.
Merci, merci infiniment et du fond du coeur de nous donner un peu de
toi tous les jours...
5) Moi j'aurais tendance à faire
aussi pipi au lit et à le raconter le lendemain matin dans mon blog. Ca
sent moins que l'odeur des chats mais ce n'est pas mieux.
6)
Allez les filles, courage dans les troupes. Moi je vous garantis la
bonne humeur avec les chansons. A demain, bisous ma douce Enguerrande...
ps. Et merveilleuse journée à toi !
7) (d'une andouille surnommée Pivoine):
ceci me rappelle un roman dont on a tourné un film où il est question
de la raison pour laquelle les chats en particulier et les humains en
général éprouvent le besoin de marquer leur territoire et de faire suer
le peuple... D'ailleurs, Socrate raconte qu'on est souvent
l'Héautontimourenos de soi-même ou une affaire dans ce goût-là,
d'ailleurs, je ne sais plus rien de cette question
psychanalytico-textuelle depuis que j'ai laissé mon livre de Socrate
sur la banquette du tram 94.
Mon chat fait pipi sous le dessous de mes pieds. Est-ce que c'est normal ?
9) Ma douce! Ma pauvre! Vite, que Tônôomme adoré vienne aider à répandre du vinaigre sur ton divan pour tout nettoyer !
10) Moi,
mon chat est bien éduqué: il fait pipi dans son bac uniquement et je
n'ai aucun problème. Il faut dire que je l'ai emmené faire une
psychothérapie de type cognitivo-félinienne dans les premiers mois de
sa vie.
11) (commentaire signé Athos, mousquetaire): Eh
bien, chère amie, vous écrivez à l'instar de Molière et Racine de la
Fontaine Boit de l'eau... Votre petit chat est-il mort ? Votre plume
est délicieuse et vous êtes une marquise fort séduisante que
j'enlèverais volontiers sur mon noir destrier. Ma duchesse du Rouvre au
coeur et à l'âme si tellement beaux...
12) (commentaire anonyme) Casse-toi, pauv' fille.
Et derrière l'écran, il reste...
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Texte virtuel bien sûr...
Toute rencontre avec des internautes existants serait le fruit d'un pur hasard
et d'une simple coïncidence, etc. etc."
La consigne d'écriture...
numéro 11 de Kaléidoplumes est parue hier soir.
Et je viens d'accoucher (péniblement...) de mon texte.
Voici ce que nous proposait Cassy:
"Puisqu’on décortique l’amitié virtuelle dans "le café du coin", allons un peu plus loin. Romançons, ou bien témoignons ici, dans un texte dédié à une pratique qui envahit notre quotidien (...) Ecrivez un texte dont le thème sera une, ou plusieurs rencontres virtuelles. Cette rencontre peut être avec le net en général, ou bien avec une, ou plusieurs personnes en particulier. Texte fictif, ou simple témoignage, laissez le virtuel envahir vos mots."
Deux contraintes à ce texte :
- Il commencera, et finira par ces mêmes mots : « Derrière l’écran »
- A la fin de votre texte, j’aimerais que vous mettiez (entre parenthèses) si c’est un texte « virtuel » ou « réel ».
(à suivre).
05 mars 2008
"Fragile"
"Ne touchez pas !
Mon écriture est agonie
Je suis ce poète en détresse
Ne touchez pas mes mots ma peine et ma mémoire
Mes morts d'yeux bleus de regards verts
Je ne suis plus qu'une vie grise
Et nauséeuse en leur absence
Ne touchez pas ne soufflez pas
La flamme est vive dans ma chair
Ne criez pas, ne riez pas, ne lisez pas
Sous le linceul de son amour
L'enfant redoute la journée brisée
Poupée d'après-midi et livres calcinés
La femme craint d'être envahie
Et je suis femme retrahie
Où t'en retournes-tu mon triste amant
Là où mes morts pleuraient si fort de nous quitter"
***
Voici le poème que j'ai écrit sur le thème de la fragilité. Fragilité d'une écriture qui s'éveille mais pourrait bien se terrer à nouveau, tant elle soulève de questions non résolues... C'était un texte d'après une consigne - écrire sur la fragilité - pour le blog d'écriture en ligne des Impromptus littéraires de cette semaine...





