04 août 2008
Les volutes du temps
Sur le thème des Impromptus littéraires de cette semaine.
Evocation d'une promenade faite au parc le dimanche 20 juillet vers 16 heures, veille de fête nationale.
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Les volutes du temps soufflaient doucement dans les drapeaux du 21 juillet.
Noir jaune rouge.
J'étais assise sur un banc du parc, entre gouttes de pluie, nuages qui se pourchassaient, arcs-en-ciel, souffles blancs, trompettes multicolores. Tout se mélangeait.
Les 21 juillet passés. Tous les mêmes ! La chaleur ou la pluie, le défilé, la mémoire des vers de Sappho, les bouteilles d'eau que les gosses du quartier vendent 50,- F. au lieu de 20; les secouristes qui distribuent l'eau gratuitement... La fête au parc, le roi et la reine qui se promènent parmi le peuple, mais dans le peuple, il y a moi et je n'ai jamais pu m'approcher d'eux.
Et quand bien même! Pourquoi voudrais-je m'approcher d'eux alors que je suis républicaine?
Cela fait combien d'années que je me promène au parc?
Cela fait combien d'années que ma mère m'a raconté que la petite Sophie Rostopchine s'y était promenée aussi, lors d'un voyage en Europe?
Cela fait combien d'années que je vais admirer la déesse de marbre qui se repose, au bout du parc,
sa chevelure épandue,
le livre du monde ouvert dans sa paume?
V.I.T.R.I.O.L.
Cela fait combien d'années que le Toutounet y a appris à rouler à vélo ? Cela fait combien d'années que j'y promenais mon ventre de femme enceinte et comblée? Cela fait combien d'années que mon amoureux m'y donnait la main et couvrait mes lèvres de baisers? Cela fait combien d'années que le parc a la beauté sévère d'une femme et d'un frac de cérémonie à la viennoise?
Les volutes du temps s'accordent à me laisser perplexe en cette veille de 21 juillet qui sera peut-être notre dernière Fête...
Bruxelles, Parc Royal, 20 juillet 2008.




